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L’heure du bilan avec Daniel H. Lanteigne, directeur général de la Fondation RÉA

Publié le mercredi 15 août 2018

Publié par Fondation RÉA

Grand Montréal

L’heure du bilan avec Daniel H. Lanteigne, directeur général de la Fondation RÉA
Daniel H. Lanteigne, directeur général, Fondation Réa

Daniel H. Lanteigne, célébre son deuxième anniversaire à la tête de la Fondation RÉA, une cause qui lui tient particulièrement à cœur. Car c’est par là qu’il a dû passer à l’âge de 16 ans à la suite d’une réamputation au niveau de sa jambe droite. Aujourd’hui, il marche d’un pas décidé et n’hésite pas à défoncer des portes et construire des ponts pour que la réadaptation physique rayonne et résonne aux quatre coins de la province.

Après deux années à titre de directeur général d’un organisme de bienfaisance, quels sont vos constats sur la philanthropie québécoise?

En seulement deux ans, le milieu a vécu une transformation majeure. Il se professionnalise et s’organise comme jamais auparavant et tente, au mieux, d’être proactif dans cet écosystème philanthropique. Lorsque l’on sait que la philanthropie canadienne contribue à 8,1 % du PIB, on comprend mieux que notre contribution est significative et qu’elle contribue de manière active à réduire les iniquités et à soutenir les personnes les plus vulnérables.

Les enjeux du financement actuel et récurent demeurent par contre. Plus que jamais, le nombre de joueurs dans le milieu philanthropique est significatif (avec 170 000 organismes au pays, dont environ 30 % au Québec) et les donateurs ont (probablement trop) l’embarras du choix. De plus, avec une demande croissante et un don moyen relativement stable (l’Étude sur les tendances en philanthropie au Québec en 2017 de la firme Épisode souligne que l’indice de générosité a augmenté au Québec de 10 ¢ par 100 $ entre 2013 et 2016), les organismes doivent faire preuve d’une grande créativité pour non seulement acquérir des donateurs, mais surtout les conserver.

Récemment, Imagine Canada sonnait l’alarme : « les organismes de bienfaisance et sans but lucratif devront recueillir environ deux fois plus de dons qu’actuellement pour être en mesure de satisfaire à la demande croissante pour leurs services ». Est-ce que cette nouvelle m’a fait tomber en bas de ma chaise? Aucunement! Mais ce n’est pas positif du tout, ce n’est pas « un beau défi à relever », c’est un mur pour plusieurs organismes qui se dessine, mais c’est surtout une coupure de services à prévoir, lesquels sont trop souvent à la merci d’OBNL, à la suite du désengagement de l’État.

Considérez-vous que la réadaptation est une cause plus difficile « à vendre »?

Je vais prêcher pour ma paroisse et vous dire que oui! Même si chaque organisme vous le dira, il n’y a pas vraiment une cause plus facile « à vendre ». Mais la réadaptation, ça n’intéresse pas vraiment les gens, du moins, pas avant d’y avoir fait face. Pourtant elle est partout autour de nous. Nous connaissons tous une personne ayant un trouble du langage ou de la parole, une personne atteinte de surdité, quelqu’un ayant subi un AVC ou un traumatisme craniocérébral. Et que dire des personnes amputées et en fauteuil roulant, notamment à la suite d’une blessure médullaire. Vous avez fait le tour de votre réseau et avez finalement des noms en tête? Voilà. La réadaptation touche tout le monde, mais personne ne l’identifie nécessairement.

Notre défi n’est pas uniquement de faire la promotion de la Fondation RÉA, il est plus grand que nous. Nous devons expliquer que malgré toute la sensibilisation et la prévention du monde, il y aura parfois des accidents, des ennuis de santé. Et c’est là que la réadaptation embarque.

Par (mal)chance, des visages bien connus du Québec ont fréquenté notre centre et peuvent contribuer à la compréhension de notre mandat. Nous pouvons penser à Isabelle Richer, accidentée en vélo, à Pénéloppe McQuade, accidentée en voiture ou à l’ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard qui a eu une bactérie mangeuse de chair. Ces derniers ont permis à tous de mettre un visage sur la réadaptation. Mais ça demeure encore trop flou. Notre principal défi est vraiment là : faire comprendre ce qu’est la réadaptation.

La création de la Fondation RÉA résulte d’une mutualisation de trois organismes. Est-ce une tendance à surveiller?

Il faut faire bien plus que surveiller la tendance, il faut en être le leader. Avant mon arrivée, les administrateurs des trois fondations en réadaptation physique ont rapidement compris que leurs efforts devaient être unis. C’est cette lucidité qui a permis la création de la Fondation RÉA, mais qui a également contribué à la mutualisation d’autres organismes de différentes tailles.

Le sujet a d’ailleurs fait l’objet d’un récent forum de l’Institut des administrateurs de sociétés, comme quoi l’enjeu est à l’agenda de tous.

Quels sont les plus grands défis dans ce contexte de rapprochements entre les organismes?

Il peut être très facile de perdre de vue la mission de ce que l’on fait et pour qui on le fait lorsque de grands changements surviennent. Le premier défi est donc de toujours garder l’œil ouvert sur la mission. La remettre en question? Certainement! Mais ne jamais l’oublier ou la mettre de côté. Autre défi substantiel : maintenir la relation et la confiance avec les donateurs. Du jour au lendemain, un donateur qui donnait à la fondation de son hôpital communautaire se retrouve à donner à une fondation qui « ratisse plus large » et englobe d’autres établissements de santé. Comment le donateur réagira-t-il? Il a fort à parier que le premier réflexe ne sera pas positif. Il faut travailler, sans compter les efforts, sur une stratégie de communication extrêmement solide en cas de fusion et de changement de nom.

Les donateurs sont de plus en plus curieux. Ils souhaitent connaître l’impact de leur don et savoir quelle portion ira à la mission générale. Est-ce un enjeu pour les organismes de bienfaisance?

La curiosité des donateurs est une excellente chose pour la philanthropie. Elle nous pousse à expliquer davantage et mieux ce que nous faisons. Par contre, nous avons un autre devoir, celui d’expliquer à quoi servent les frais administratifs (plus souvent connu sous le nom de Overhead en anglais). 

Personnellement, j’adore cette citation de Dan Pallotta : « We aren't upset when Paramount makes a $200 million movie that flops, but if a charity experiments with a $5 million fundraising event that fails, we call in the attorneys. So charities are petrified of trying bold new revenue-generating endeavors and can't develop the powerful learning curves the for-profit sector can. » Et il a tellement raison. Pour récolter des fonds, il faut investir. Et oui, parfois il faut beaucoup d’argent pour aller chercher de la visibilité. Alors d’un côté, les donateurs nous observent davantage et de l’autre nous devons investir des sommes plus significatives que par le passé. Comment arrimer ses deux réalités? En étant transparent, mais surtout en faisant la démonstration que notre éthique est irréprochable. Des organismes comme l’AFP (Association des professionnels en philanthropie) proposent d’ailleurs un code d’éthique rigoureux et une Charte des droits des donateurs. C’est sans réserve que nous avons choisi d’adhérer aux deux à la Fondation RÉA – une évidence en 2018.

Après deux ans à la direction de la Fondation RÉA, de quoi êtes-vous le plus fier?

Je suis extrêmement fier de l’équipe qui contribue quotidiennement à la Fondation RÉA. Ce sont des employés dévoués pour la cause et qui sont heureux d’aller à la rencontre des bénéficiaires – ça n’a pas de prix.

Mais la mise en place du programme Gens d’exception, qui contribue grandement à la mobilisation des employés (et tout récemment également des bénévoles) dédiés à la réadaptation physique dans notre CIUSSS, est une autre grande fierté. Avec ce programme, les donateurs ont l’opportunité de joindre un témoignage à leur don pour honorer une personne qui a fait la différence dans les soins reçus. Dernièrement, en allant remettre un témoignage à une infirmière, celle-ci a fondu en larmes, tellement ce simple geste signifiait beaucoup pour elle. 

De manière plus générale, je suis également très fier et privilégié d’avoir fait des pas de géants dans mon expertise philanthropique. Avec l’appui de cercles d’échanges, de mentorat, de formation, de conférence et de nombreuses lectures, je suis non seulement un meilleur directeur général, mais je suis également un meilleur professionnel en philanthropie! Je débute d’ailleurs un fellowship en inclusion et philanthropie avec comme mandat de contribuer à un meilleur accès pour les gens issus de la diversité à des postes supérieurs au sein d’organismes de bienfaisance. Un défi vraiment stimulant. Étant moi-même issu de la communauté LGBT+ et ayant un handicap physique, je suis à même de comprendre cette réalité.

Justement, trouvez-vous que le milieu philanthropique offre une place suffisante à la diversité?

Je suis évidemment biaisé sur la question et je ne saurais répondre si la place est suffisante. Par contre, il y a des constats qui sont alarmants et qu’il faut aborder collectivement. Une étude commandée par l’AFP en 2017 relatait qu’une femme sur quatre avait été victime d’inconduite sexuelle dans sa pratique philanthropie et que dans 65 % des cas, l’auteur de ces gestes est… un donateur! Des chiffres troublants et inquiétants qui ont vu le jour dans la foulée des dénonciations du mouvement #MeToo. Et plus récemment, une autre étude démontrait qu’aux États-Unis les femmes noires sont payées 38 % de moins qu’un homme blanc pour le même niveau d’emploi. Alors est-ce que la place est suffisante? Probablement pas. Mais est-ce que les conditions sont suffisantes? La réponse est clairement non. Nous avons tous un rôle à jouer dans la lutte contre ces iniquités. Le plus ironique c’est que nous sommes justement payés pour réduire les iniquités dans la société, mais avons nous-mêmes de la difficulté à avoir des environnements de travail absents de ces réalités.

Finalement, quels seraient vos conseils à un jeune professionnel qui souhaite quitter le milieu corporatif pour entrer en philanthropie?

Faire le saut d’un environnement corporatif à l’univers philanthropique n’est pas une mince affaire. Par contre, chaque jour, lorsque je rentre au bureau, je croise les usagers en réadaptation. Je les vois utiliser de nouvelles technologies défrayées par la Fondation, je croise les nouveaux médecins spécialistes qui ont pu faire leur formation surspécialisées grâce aux dons reçus et j’ai la vive conviction que mon travail a un sens. Ce sentiment, il doit peser dans la balance dans votre choix de carrière. C’est un univers convivial comme il n’en existe pas beaucoup. Entre organismes, nous partageons nos bons coups comme nos échecs, nous échangeons nos documents, trouvons des solutions communes à des enjeux similaires – bref la collaboration est au rendez-vous. Mais surtout, le choix doit venir du cœur et doit être guidé par un souci de bienveillance constant. Le milieu de philanthropique est beau et c’est à nous tous de préserver sa beauté et de l’aider à traverser les époques.

 

Daniel H. Lanteigne, est directeur général de la Fondation RÉA depuis 2016. Il est également vice-président, communications, de l’AFP Québec et est membre du conseil d’administration de l’Université TÉLUQ. Impliqué dans sa communauté depuis son enfance, il a reçu de nombreuses reconnaissances pour son dévouement, notamment la Médaille du lieutenant-gouverneur pour mérite exceptionnel (or) en 2018.

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